Canal+ : La menace qui ébranle le sport et le cinéma
Le secteur de l’audiovisuel français s’apprête à traverser une zone de turbulences aux conséquences financières majeures. Dans son projet....
Le secteur de l’audiovisuel français s’apprête à traverser une zone de turbulences aux conséquences financières majeures. Dans son projet de loi de finances pour 2027, le gouvernement a inscrit une mesure budgétaire choc : le doublement du taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable aux chaînes de télévision payantes, qui passerait ainsi de 10 % à 20 %. Cette orientation fiscale, qui doit encore faire l’objet de débats houleux au Parlement, suscite déjà une levée de boucliers d’une ampleur inédite au sein du groupe Canal+, premier opérateur privé de télévision payante de l’Hexagone.
Invité sur les ondes de la radio RTL pour réagir à cette annonce, Maxime Saada, président du directoire du groupe audiovisuel, n’a pas mâché ses mots. Le dirigeant évalue l’impact financier direct de cette réforme fiscale à environ 200 millions d’euros par an pour son entreprise. Face à ce prélèvement supplémentaire, la direction prévient qu’elle n'aura d'autre choix que d'appliquer une répercussion sur le portefeuille des consommateurs, estimant qu'une augmentation des tarifs d’abonnement de l'ordre de 10 % est à prévoir dès 2027, parallèlement à une réduction inévitable des effectifs au sein de la chaîne.
Au-delà de la facture finale pour les ménages, ce coup de vis fiscal menace de déstabiliser tout l'écosystème du sport professionnel et de la création cinématographique en France. Acteur hégémonique du paysage audiovisuel, le groupe réinjecte chaque année des sommes colossales dans les droits de retransmission sportive et la production cinématographique nationale. Une baisse contrainte des investissements de la chaîne cryptée ferait peser un risque systémique, notamment sur le rugby français dont le championnat professionnel, le Top 14, dépend à hauteur de 70 % des droits audiovisuels versés par Canal+.
Rappelant l’engagement stratégique de sa chaîne dans le financement de compétitions majeures comme la Ligue des champions de football ou la D1 féminine, Maxime Saada a lancé une mise en garde solennelle aux décideurs politiques. Évoquant les récents déboires du championnat de France de Ligue 1 avec ses diffuseurs successifs, le patron de Canal+ a interrogé les parlementaires sur la capacité du marché à trouver des substituts crédibles pour soutenir l'économie du sport et du cinéma si le premier financeur privé du secteur venait à réduire la voilure. L’arbitrage final de la représentation nationale sera suivi de très près par les millions d'abonnés et l'ensemble des acteurs de la création.