30 Sep 2026
EXCLUSIF
Autour du projet de fer de Belinga, le Gabon prépare un vaste écosystème industriel associant mine, rail, infrastructures portuaires et énergie. Ph — DR

Fer, rail, port : le pari XXL du Gabon autour de Belinga

Belinga n’est plus seulement une affaire de minerai de fer. Le lundi 28 septembre 2026, à Libreville, le gouvernement gabonais et Fortescue ont réuni...

Belinga n’est plus seulement une affaire de minerai de fer. Le lundi 28 septembre 2026, à Libreville, le gouvernement gabonais et Fortescue ont réuni autour de la table plusieurs entreprises internationales susceptibles d’intervenir dans les infrastructures du futur complexe minier. Australie, Suisse, Belgique, Chine, États-Unis, Royaume-Uni et France étaient représentés dans la délégation accompagnant Andrew Forrest, président exécutif de Fortescue. Le message est clair : avant de faire sortir le minerai de l’Ogooué-Ivindo, il faudra construire tout un écosystème industriel. Rail, équipements de construction, engins miniers, ingénierie maritime et dragage figuraient parmi les secteurs au cœur des discussions. Pour le gouvernement gabonais, l'enjeu dépasse donc largement l'exploitation du gisement. Le futur minerai devra être acheminé sur plusieurs centaines de kilomètres avant d'atteindre les infrastructures portuaires. Le projet intégré présenté par les autorités prévoit notamment un chemin de fer minéralier de 535 km, un port en eau profonde à Kobe-Kobe et une capacité hydroélectrique de 400 MW. À terme, Libreville vise une capacité de production pouvant atteindre 100 millions de tonnes de fer par an. Cette architecture transforme Belinga en gigantesque chantier logistique. Les contrats liés au rail, aux infrastructures portuaires, à l'énergie et aux équipements lourds pourraient ainsi représenter une part considérable de la valeur économique générée autour du projet.

Fortescue, qui explore le gisement depuis 2022, continue officiellement de travailler sur les études techniques et les différentes options de développement. La réunion de Libreville constitue donc davantage une préparation de la prochaine phase qu'une annonce de démarrage immédiat d'une exploitation à grande échelle. Mais le groupe australien commence déjà à assembler les compétences nécessaires. Andrew Forrest assure avoir réuni des partenaires venus de plusieurs continents afin de répondre aux différentes exigences du projet. Pour Libreville, cette internationalisation pose une autre question : quelle place pour les entreprises gabonaises dans cette future chaîne de valeur ? Le gouvernement ne veut pas que Belinga se résume à l'exportation de minerai brut. Lors de la rencontre du 28 septembre, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a insisté sur la nécessité de trouver un équilibre entre l'expertise internationale et les intérêts de long terme de l'État gabonais.

Consommation locale, développement des compétences nationales et participation des entreprises gabonaises aux différents marchés : Libreville entend peser sur la répartition de la valeur créée par le projet. L'enjeu est d'autant plus important que Belinga doit s'inscrire dans une stratégie plus large de transformation industrielle du pays. Le Plan national de croissance et de développement 2026-2030 prévoit déjà le développement de nouvelles infrastructures ferroviaires, dont une ligne Belinga-Booué de 230 km destinée à raccorder le gisement au réseau national. Le fer de Belinga pourrait donc devenir le point de départ d'une chaîne industrielle beaucoup plus vaste. Mais son développement dépendra de la capacité à financer, construire puis exploiter simultanément ses différents maillons.

Le Gabon a déjà engagé plusieurs chantiers structurants autour de cette ambition. Le projet de Kobe-Kobe, évalué par le gouvernement à environ 10 milliards de dollars, soit près de 5 643 milliards de FCFA, associe notamment mine, rail, port et énergie. Reste désormais à transformer les discussions en contrats, les contrats en infrastructures et les infrastructures en activité industrielle. Comme quoi, à Belinga, la bataille se joue aussi sur les rails, dans les ports et autour des milliards nécessaires pour bâtir toute une filière

:

Retour à l'accueil