6 Mar 2026
EXCLUSIF
La Baie des Anges se meurt. Et avec elle, c'est un peu de la dignité républicaine qui s'enfonce dans la boue sous les roues des camionsDR

Lagune Ebrié : Le crime écologique continu à la baie des anges

Abidjan, le 6 mars 2026 – Le spectacle est désolant, presque surréaliste. Alors que les discours sur la « ville durable » et la protection de l’environnement saturent les ondes, le ballet des bennes de terre a repris de plus belle à Cocody-M'badon. Depuis le 26 janvier, la Baie des Anges subit une agression méthodique, une exécution en règle sous un soleil de plomb.

Un flux tendu de camions, un silence assourdissant

Ce vendredi 6 mars marque une accélération brutale des travaux. Dans un fracas métallique, un flux tendu de camions déverse des tonnes de remblai dans les eaux de la lagune Ébrié. Mètre après mètre, le miroir d'eau recule, cédant la place à une terre rouge, poussiéreuse, destinée à accueillir de futurs complexes de luxe.

Pourtant, la loi est claire : le domaine public maritime et lagunaire est inaliénable. Mais ici, à M'badon, la loi semble s'arrêter là où commencent les intérêts des promoteurs.

Les larmes d’Assalé : Le cri d’un homme face au mur du pouvoir

Le député-maire de Tiassalé, Assalé Tiémoko, figure de proue de la lutte contre la corruption et les abus de pouvoir, n'a pu retenir son indignation. Ses « larmes », symboliques ou réelles, sont celles d'un citoyen qui voit l'État ivoirien assister, les bras croisés — ou pire, en détournant le regard — à la destruction de son propre patrimoine.

« C’est l’impuissance de la raison face à la force de l’argent », s’insurge un riverain. « Comment peut-on parler de plan climat le matin et laisser des camions étouffer la lagune l’après-midi ? »

L’État : Entre indifférence et complicité ?

Le constat est amer. Malgré les alertes répétées des riverains et des activistes, aucune autorité n'est intervenue pour stopper les machines ce 6 mars. Cette indifférence administrative pose une question de fond : qui protège ces chantiers ?

Le remblayage n'est pas qu'un préjudice esthétique. C’est une bombe à retardement écologique. En obstruant ces zones de passage d’eau, on condamne les quartiers voisins à des inondations sans précédent lors de la prochaine saison des pluies.

« Il n’est pas merveilleux, ce pays ? »

Cette interrogation sarcastique qui circule sur les réseaux sociaux résume à elle seule le sentiment de trahison des populations. Un pays où l’on construit sur l’eau tout en pleurant les inondations ; un pays où les décrets de protection environnementale ne semblent être que du papier noirci.

La Baie des Anges se meurt. Et avec elle, c'est un peu de la dignité républicaine qui s'enfonce dans la boue sous les roues des camions.

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