Travail forcé : Le scandale de sucre qui rattrape Donald Trump
Une nouvelle enquête relance la controverse autour de Central Romana, géant sucrier de la République dominicaine dont les liens avec des proches de Donald Trump alimentent les interrogations à Washington.
Selon un rapport publié le 18 août dernier par l’ONG Corporate Accountability Lab, les conditions de travail sur les plantations de l’entreprise restent marquées par de graves abus, notamment des salaires insuffisants, des logements précaires et des pratiques assimilées au travail forcé. Central Romana est également le premier employeur privé et l’un des plus importants propriétaires fonciers du pays. Ses plantations s’étendent sur plusieurs dizaines de milliers d’hectares et emploient des travailleurs haïtiens ou d’origine haïtienne. Une partie d’entre eux vivrait dans des « bateyes », des quartiers liés aux plantations, où l’accès à l’eau potable, à l’électricité et à des logements décents demeure problématique.
Le dossier est particulièrement sensible aux États-Unis. En novembre 2022, les autorités douanières américaines avaient interdit l’entrée sur le territoire du sucre produit par Central Romana, estimant disposer d’éléments laissant raisonnablement penser que du travail forcé était utilisé dans ses activités. Les accusations portaient notamment sur des retenues de salaires, des heures supplémentaires excessives ainsi que des conditions de vie et de travail abusives. Mais en 2025, sous l’administration Trump, Washington a levé cette mesure, permettant de nouveau à l’entreprise d’exporter son sucre vers le marché américain. Cette décision avait déjà suscité des critiques de la part d’organisations de défense des droits des travailleurs, qui estimaient que les améliorations revendiquées par l’entreprise ne suffisaient pas à justifier la levée de l’interdiction. Le retour des accusations pourrait désormais remettre cette décision au cœur du débat politique américain. Corporate Accountability Lab demande à Washington de rétablir l’interdiction d’importation et réclame à Central Romana plusieurs mesures : inscription des travailleurs à la sécurité sociale, paiement de salaires conformes au minimum légal, liberté syndicale et amélioration des conditions sanitaires et de logement. Derrière le dossier social se profile également une question politique. Central Romana est notamment détenue par la famille Fanjul, un puissant groupe sucrier basé en Floride et proche de plusieurs cercles politiques américains. Les relations entre les Fanjul et Donald Trump ont ainsi contribué à alimenter les soupçons autour de la levée de l’embargo.
L’ONG affirme que les travailleurs les plus vulnérables sont notamment les coupeurs de canne âgés, qui attendaient encore le versement de prestations de retraite, ainsi que les travailleurs haïtiens ou leurs descendants confrontés à des difficultés liées à leur statut administratif. Certains témoignages recueillis décrivent un système dans lequel la dépendance à l’employeur rend difficile toute contestation des conditions de travail. Central Romana rejette pour sa part les accusations. L’entreprise estime que le rapport de l’ONG comporte de nombreuses « inexactitudes et contre-vérités » et affirme ne pas avoir enfreint les législations dominicaines ou les normes internationales du travail. Le bras de fer ne fait donc que reprendre. Pour les défenseurs des droits humains, le cas Central Romana constitue un test pour la crédibilité de la politique américaine contre le travail forcé. Pour le géant sucrier dominicain, il s’agit désormais de convaincre que les pratiques dénoncées appartiennent au passé. Entre enjeux commerciaux, droits sociaux et réseaux d’influence, le sucre dominicain est redevenu un sujet explosif à Washington.